Phoèmes


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Images en poésie

Les photos suivantes sont accompagnées de textes courts ou de poèmes inspirés par l’image. J’ai baptisé cette mécanique créative « phoème ».

Vous aimez les phoèmes ? Bientôt, un recueil de ces associations photo/poésie est déjà publié : « l’effeuilleur de temps » … Restez connectés sur http://shop.pyxynpieces.com !

Seul au monde

Je la vois, elle pourrait être n’importe qui, n’importe où. Assise là, méconnaissable entre deux passagers, son air absent la câline. Le regard en deuil se cache sous les lunettes rondes. Il est fixe et entraîne avec lui son corps entier. Même ses cheveux, solidement attachés, ne bougeront pas. Je me dis que, à ce moment-là, elle pourrait être ailleurs, sans s’en rendre compte, ou côtoyer la chance de sa vie avec la plus grande indifférence. Elle a des bouchons d’oreille musicaux qui l’emmènent ailleurs, tout le temps où elle n’a rien d’autre à faire que d’être là. Que sait-elle des graffitis qui la couronnent, imperméable à ce qui l’entoure ? Sans la connaître, je voudrais qu’elle me voie, mais ce n’est qu’un mécanisme de défense face à la solitude qui me tend un joli miroir de courtoisie. Je me refais une beauté ; quelqu’un, quelque part, me regarde peut-être.

Chat perché

Quelques fois je souris dans le rêve d’un chat
La moustache frétillant gaiement au gré du vent
Mes oreilles aux aguets dans ce cha-cha-cha
Dans la fente de mes yeux, danse comme avant !

Je m’appaise dans un demi-sommeil tigré
Où s’agite toujours ta silhouette agile
Mes pattes accueillent ma tête dénigrée
Alors que géant je pleure mes pieds d’argile

Inspire et expire, mon ronron s’éparpille
Ton souvenir s’écarquille dans mon oubli
Je m’abandonne à des soupirs et vascille
Entre les parts de ton corps que ta robe lie

Le charlatan

Il ne sait pas toucher les gens
Il n’en sait faire que la conquête
S’il accepte la défaite, c’est la victoire en tête
Quand, au détour d’un soleil, il croise son ombre
En lui parlant, il parle à tout le monde
Manchot de l’émotion, il a l’alarme facile
Quand il entre en scène, c’est toujours un peu gauche
Qu’il salue un public dont il reste lointain
Pourtant, il y a foule dans l’avenue intérieure
Qui l’amène droit à la rencontre du monde
Si les peuples mystérieux voyaient les paysages qu’il y voit,
Peut-être voudraient-ils en cueillir comme des fleurs
Pour orner leur propre intérieur !
Le sacripan va parfois jusqu’à croire qu’il voudrait être habité
Alors pour se réconcilier dans sa terre imaginée
Il fouille pour extraire des flacons abscons
Approchez donc, n’ayez pas peur
Ouvrez grand la bouche
Vous verrez après
Le monde n’aura plus la même saveur

Suspension

Photo de Paris vue depuis le sommet de la tour Eiffel
Paris vu d’en haut

Tombé du ciel, je crois que je m’élève encore
Comme une larme incertaine qui s’évapore
Je me suspends au temps venu pour me déplaire
Et contemple à mes pieds la vue tentaculaire

Sur mon petit nuage je passe au travers
Des rêves vermoulus dirigent des rats vers
L’endroit du ciel où pousse à l’envers le soleil
Drôle de chute où le vertige a grand sommeil

Je pourrais dormir un siècle bercé par l’aire
Qui s’éparpille sous moi peut-être en colère
J’abuse de la gravité des choses et j’ose
Croire que la nuit blanche s’écoule avant moi

Cependant le jour s’écrase dans la moiteur
De l’heure qui, tout en prenant de la hauteur,
Ennivre un lendemain de la douce promesse
Qu’hier s’endort dans la chaleur d’une caresse

Arbres de paix

Deux arbres comme des chiens gardent le passage
De cet endroit secret, calme, doux et sans âge
Joli mausolée où les yeux viennent mourir
Salon de thé où les dieux prennent le fou rire
Deux ents éternels empêchent tout dérapage

Le cours d’eau réfléchit à quoi ressemble un monde
Son calme comme une fin de vie sur les ondes
Applatit l’envie d’aller plus loin et absorbe
les nerfs roulés en pelote qui jouent les orbes
Dans le ruisseau qui sommeille plus rien ne gronde

Paisible invitation à mener pour la vie
La danse belliqueuse sur tous les parvis
Deux ou trois pas qui crient d’arrêter la folie
Pour aimer à jamais quelques autres qui lient
D’un mandat immortel opinions et avis

De bon matin

Gare à celui qui ne m’attend à quai
J’arrive à l’instant
Doré

Le soleil pointe le bout de son nez
Ma nuit infinie
S’endort

Tous les passagers sont prêts à monter
À bord d’une étoile
Qui meurt

Que vont-ils chercher au-delà du temps ?
Le chant d’un oiseau
L’instant

Trinité

Pour toi je me suis coupé en trois
Même si j’ai parfois l’air abattu
Même si je te tourne souvent le dos
Je ne perds pas de vue mon objectif
Et te fixe encore au fond des yeux

Il y a quelques parts quelqu’un qui se sépare
En tout cas il sème ses reflets partout
Se trouvera-t-il quelqu’un pour la récolte
Tumultueuse des pousses sauvages
Sous la surveillance de l’œil unique

J’ai laissé il y a longtemps cette partie de moi
Qui ne sait presque plus à quoi je ressemblais
Parfois je crois qu’elle aimerait me retrouver
Je la surveille et sème comme le poucet
Quelques photos et quelques mots pour la conserver

Eh !

Dans ton dos tu charriais des boulets enchantés
De long en large tu les promenais sous la lune
D’aucuns disent maintenant que tu les terres sous les dunes
Mais – eh ! – où les as-tu emportés ?

Derrière toi ton sillage faisait l’effet
D’un corridor aux façades ternis que l’on redore
Par milliers te suivaient ceux qui t’adorent
Mais – eh ! – qu’en as-tu fait ?

Parfois des quidams lambdas cois
S’arrêtent encore pour te saluer mais tu restes
De marbre, l’avocat des saisons, à la barre este
Mais – eh ! – tu t’attendais à quoi ?

La nuit tu restes seul à ressasser
Les boniments qui tout droit t’ont mené
à l’extrémité du bras d’une dame née
Mais – eh ! – que s’est-il passé ?

Figé dans un temps qui ne t’appartient plus
Les questions fusent et étincellent
Les réponses ne restent que parcelles
Mais – eh ! – j’espère que le show t’a plu !

D’équerre

Parfois pour prendre l’air, j’erre, à l’heure claire, derrière les barrières de fer. Hier encore, de guerre lasse, j’allais dérouler mes nerfs en pelote sur le parterre de lierre quand ils butèrent sur une grosse pierre. Nom d’une crotte de blair ! Ils vrillèrent et roulèrent encore un peu mais, il ne servait à rien de faire l’autruche : j’en voulais toujours à la Terre entière ! De fiers moutons assistaient à la scène : répartis en trois tiers, ils bêlèrent, se moquèrent et ignorèrent. Par la saint Pierre, je n’avais jamais vu ça ! S’il arrivait à mes chers congénères de se taire, de braire ou de commettre un impair, mes frères ne manquaient pas tant de manières… Alors que ces corsaires de la faune agraire allèrent, pour me déplaire, jusqu’à vendre père et mère pour me réduire à l’état de pauvre hère. Amer, les bras m’en tombèrent. Je n’étais guère solide, à dire vrai j’étais plutôt comme le verre, et mes prières ne savaient plus vers quel saint se tourner.

Aujourd’hui encore, quand j’y pense, le cœur me serre, la chair me brûle, l’espoir me berne. Néanmoins, c’est la der des der, je gère et les blessures prendront bientôt la mer ! Belle croisière offerte à celles qui m’angoissèrent, je les salue en buvant une dernière bière (ter). Sommaire consolation que de renaître dans une nouvelle ère où la magie opère ! Un astre solaire se dresse, renouveau de celui dont les rayons éclairèrent ce qui compte. Il apporte sa lumière, grammaire de l’essor interne qui va de pair avec l’ermite qui sommeille ! Austère mystère dont je m’illusionne, je le savoure même si je flaire que je me berce de chimères. C’est que j’en suis rempli comme une vache à traire pour extraire le lait de la mère nourricière. Hélas ! je crois bien qu’Homère pourrait se plaire dans le royaume de mes pensées, trouvant une nouvelle aire pour deployer ses talents et ses dieux en colère. D’ailleurs je me perd dans ma misère incendiaire alors que je parlais tantôt des affaires qui m’occupèrent ! Le plus extraordinaire dans l’éphémère rêverie dont je vous fais part, c’est l’entière surenchère de sons R dont je vous abreuve.Maintenant que les choses sont claires en ce qui concerne ma contrainte abécédaire il ne me reste plus qu’à fermer boutique sous des tonnerres de bravo, enfin j’espère !

Foi

ai pénétré ta nef pour me lover dans tes bras
Entendre les angelots chanter j’y ai cru
Jusqu’à me retrouver perdu dans l’embarras
Noyé dans mon propre flot j’attends la décrue

Dans mes yeux tes lignes et tes courbes recouvrent
La lumière et s’élancent au-dessus de moi
Des cris s’écrasent au mur, un rai les découvre
Ils s’étouffent dans la pierre de mois en mois

Bercé par le va-et-vient de ton souffle humide
Je me défais des blancs atouts que j’eus mis de
ce temps où j’étais roi

Je souligne le silence d’une prière
Désenchantée elle vole jusqu’au sommet
Où s’entassent les vœux en une poudrière
Rugissante que la délicatesse omet

Mon corps lesté de boue ! Mon corps resté debout
Invoque insensé quelques onomatopées
Jetées par deux dans le chaudron qui, hideux, bout
Ses volutes ne dansent que pour Calliopée

Cuistot du dimanche, je touille ma tambouille
Et verse au sol la mélasse que je gribouille
D’un portrait resté coi

La marmite est vide et le portrait dégouline
D’une mémoire abîmée qui fend le parquet
Sur la voûte les anges de loin me câlinent
D’un doigt sur la bouche le serment est marqué

Je me lève et laisse derrière la souillure
Léger à l’intérieur, je bous à l’extérieur
La passion qui donne à mon âme sa pliure
Veille dessous ton toit à me rendre meilleur

Si je tourne le dos pour mieux me souvenir
Des sanctuaires, des églises et autres menhirs
C’est toi seul que je vois

Qu’advienne ta venue

Que la plume de ta main effleure ma peau
Je décolle et flotte en oripeaux
Claquant dans le vent, j’affiche ton étendard
Et quand tu me reviens je rêve de toi sinon rien

Que tu me rattrapes avant que je sombre
Et ton souffle me dénude, mon corps brille, il te reflète
Je t’embrasse fermement mais ma poigne s’effiloche
En une pelote tendre qui s’amasse autour de toi

Que tu tendes l’arc de tes lèvres vers ma bouche souillée
Et tes lignes pures lavent ma parole qui se sucre sur ton cou
Caramel mou je dégouline, je t’échappe
Et tu me retiens, je me vanille une dernière fois

Que tes yeux dissolvent en bloc mes rêveries
Et mon monde s’éteint dans ta lumière
Je te rejoins illuminé, oubliant un temps que je n’ai pas d’ailes
Je m’échoue entre tes bras, naufragé isolé sur les rivages de ton île céleste

Plus haut

J’ai acheté ces marches qui mènent au ciel

Avalons ensemble nos craintes et nos fièvres

Qu’importent les embardées du passé si elles

Emmènent en fin de compte nos âmes mièvres

Là-bas, aux confins de la voie pavée de lait

Prête-moi ta main jusqu’aux premières volées

Va, ta grace de biche survole la cour

Devance moi de peu que je puisse te voir

Et aussi te glisser ces mots au souffle court

Qui d’une cuiller à miel font tinter l’espoir

Vois ! enfin se déroulent les escaliers sacrés

Pour que tu poses sans crainte tes souliers nacrés

Arpente le chemin dorée, la lune te guide

Je t’escorte des yeux, ne te retourne pas

Sur ma langue au chat, tu ne verrais que le vide

La lumière crue évite bien mes ternes pas

Tu n’entends plus les murmures que je t’adresse

C’est que je te recouvre d’or et de tendresse

Tu disparaîtras au-delà de la raison

Rejoindre mes souhaits, mon amour et ma passion

Quand ni les larmes ni les mots de liaison

Ne pourront te rappeler à la Création

N’imagine pas les louanges et les dons

Qui t’attendent là et retiennent ton pardon

Ton image habitera longtemps mes yeux

Et pour toujours j’évoquerai nos adieux

Avec la nostalgie cachée dans un air vieux

Je ferai résonner ton écho dans cent lieux

Troubadour un peu balourd qui est resté sourd

Aux chants que les oiseaux entonnent au petit jour

Le satyre

Sous les feuilles folles quand le vent glisse
Sur les ramures qui s’étirent loin
Quand les oiseaux se retrouvent pour danser
On l’entend qui dénude la forêt en secret
Il foule le sol les pieds nus et caresse le tronc
D’un arbre centenaire, les siècles apportés demain
Le ciel des visages, sa figure juvénile
Celle qu’il a gardée au fond et qui ne se voit que de haut
En quelques pas il sympathise avec l’orée
Puis se replonge dans le bois profond
On l’aperçoit parfois quand la faune l’a oublié
C’est qu’il s’égare et s’oublie dans la brume humide
Le plus souvent il longe les cours inquiétants et sinueux
De l’eau bourbeuse d’un temps révolu
Il s’y plonge de temps antan
Quand des vers irréguliers le guettent de trop près

Insomnie

L’œil ouvert espère la venue de l’aurore
Le silence dore les heures endormies
L’espoir est muet quand il se tord, il essore
Les rires d’antan qui au cœur font des fourmis

Sombres silhouettes se glissent dans mon lit
Sous la torpeur moite de sinistres sangsues
Se repaissent de mes peurs dans le limon li-
Vide qui se colle aux paroles des chants sus

Que des chevaliers fous me saisissent aux tripes
Qu’un décès lent emporte jusqu’à mes fripes
Peu importe si seul je dois tout affronter

Minuit peu asséner douze coups criminels
Sur mon âme parsemée d’éclats de shrapnel
Mutin je me redresse d’un air effronté

Écho distant

Dans le creux des roches et sous l’écorce aride
Vit en catimini ses rêves de grandeur
Le plant miniature qui en secret rit de
L’étoile recevant le sourire vendeur

Céleste peste qui ne me laisse le zeste
Ni l’once d’un bout de ciel, rien qu’un petit reste !

Somnole la froide brûlure de l’espace
Tellement loin maintenant perdue dans l’azur
la gloire, si solitaire qu’elle blesse, passe
Reste le souvenir fou d’un bout de verdure

Un ange passe

Il est des âmes perdues enivrées et lasses
Que quelque attraction ne vient jamais déranger
Pataugeant embourbées dans leur propre mélasse
Elles croient encor se dérober au danger

Le parfum écarlate est venu à leur nez
Rappeler la passion à sa seule maîtresse
Dans l’emballage de chair vide la peur née
De cette absence avide qui boit la détresse

Les pauvres errent sans but et hantent l’ennui
Pendant que le silence assassin courbe les heures
S’ouvrent soudain au loin les affres de l’an nuit
Où le corps boude jusqu’à ce que le jour meure

Dans ce décor fleuri de rêve évanoui
Disparaissent quelques ailes de Cupidon
S’abandonnent enfin aux sommets inouis
Les héritiers de l’ange que nous déridons

Triptyque : Je te vois

I – Une vision

Paresseusement avachi derrière l’écran froid comme une glace sans tain, tu sirotes le jus sucré du spectacle du monde. Qui pour t’émouvoir, qui pour t’émoustiller, qui pour te tirer la larme, qui pour faire éclater ton rire… Pendant que d’autres, au détour d’un post sonnent l’alarme. Voilà que, au déclic d’un énième like, tu ne te satisfais plus de quelques émoticônes : tes émotions debordent du contour simple des dessins universels. Que publieras-tu de ton monde ? une trace de sentiment, un bout de corps, un état d’esprit ou, peut-être de l’amour à tout prix ! Tu glapiras devant l’avalanche des likes et autres joyeux commentaires, sautillant de joie à l’idée que, bientôt, la centaine supplémentaire de followers sera atteinte. Tu te dévoiles, nous y sommes, les jeux seront bientôt faits : de l’autre côté du reflet, je te vois.

II – Le frisson

Tu trembles devant deux globules irrigués de sang, devant la couronne d’iris haute en couleurs et la pupille seigneuriale qui règne soudainement sur ton visible. Tu redoutes et espères le battement de cils. Tu guettes le moindre mouvement oculaire. Dans la lumière, tu resplendis, mais tu es également fragile, exposé. Jusqu’à quand supporteras-tu la tyrannie de ses yeux acérés ? Tu attends, peut-être, la mise à nu de tout ce que tu voudras bien nous montrer.

III – Retour d’âme

Que vois-je, derrière le délicieux décor de ton corps alangui ? une frasque émotive, une déclaration d’amour, une idée, une rime ? Je cherche mille ans peut-être, dans tous les détours et tous les contours. Je me perds dans un repli, je me coince dans un coin. Je ne me lasse pas de toujours observer à la loupe le grain de cette peau étrangère, je crois y deviner, à chaque tressaillement, le soupçon d’une idée nouvelle qui te remuerait corps et âme. J’oublie, enfin, que, là-haut, deux yeux se régalent de ma performance sans fin ; ce regard qui, quand je m’égare, me retrouve toujours.

La garde

J’ai monté la garde, tu sais ? Ma garde de boxeur, pour parer les coups ; même si je sais que personne ne frappera, c’est rassurant, tu vois ? Puis, j’ai monté la garde, encore. Un tour de garde, cette fois-ci. On m’a appris que le risque rôde partout là, dehors. Or, m’y voilà, sur les lieux de tous les dangers, aux aguets ! Je fais appel à tous mes sens, à mes ancêtres, à ma bonne étoile. Je me retranche derrière une vitre, rempart de pacotille, qui m’aide à me sentir fort, à délimiter le territoire que je dois préserver. J’imagine comme je serais bien, tranquille, planqué dans une niche ; je n’y pense pas longtemps. Il ne faut pas flancher. Seulement, vois-tu mes yeux qui se plantent dans les tiens ? Je suis là pour toi, ne l’oublie pas. Je pourrais bien passer mes nerfs sur ma laisse, autrement. Qui sait ce dont je serais capable, alors ? Et dans cette incertitude qui te rongera, qui sait si l’inquiétude ne t’attachera pas, à ton tour, à la nécessité de veiller à ma place, scruter l’inconnu de bas en haut, y voir le danger en permanence, s’attendre à le voir surgir sans détourner les yeux, seul, là, dehors. Ça y est ? Tu sens cette rage prête à exploser dans ta gorge ? Tu vas venir aboyer avec moi ? Viens, je t’attends. Je t’attends toujours.

Errance

Je tourne vers moi la lame divine
Rien ne perce le brouillard intérieur
Sur mon visage que le temps ravine,
Se pose désormais un œil rieur

J’ai endossé la charge du prieur
Mais comme ces tonneaux que l’on avine
Je garde trop le parfum du pilleur
Je tourne vers moi la lame divine

C’est ainsi que j’appris que la vie ne
Trahit pas la vie au gré d’un parieur
Son front est ceint par ses propres épines
Rien ne perce le brouillard intérieur

Ainsi hantée par mes pas antérieurs,
Persiste encor la route d’opaline
S’écrase le bruit des oiseaux crieurs
Sur mon visage que le temps ravine

Vient par le vent une brume marine
Voiler de doutes les crans postérieurs
Sur l’éternel refrain que je serine
Se pose desormais un œil rieur

Renvoyant demain au jour ultérieur
La Terre, sur son manteau d’olivine,
Porte le poids de mon air supérieur
Sur le cercle vicieux que je devine,
Je tourne

Le dernier chant du damné

Voir la cité dorée pour en chiper tout lors
D’une de ces épopées où vacillent les dieux
Cette ligne au loin suffit pour fondre tout l’or
Qui privé de reflet présente ses adieux

Dans un rêve de flammes bleues tournoient encor
Les astres déchus et les cendres du décor

Sur la route barrée se cogne la vision
Qui sonne évidemment l’heure du jugement
Une croix de sang marque la supervision
De l’arrêt des machines par des garnements

Dans un rêve de flammes bleues tournoient encor
Les astres déchus et les cendres du décor

La grille au-devant est cadenassée d’amour
Les clés s’éparpillent jusqu’à la fin du jour
Demain les rejoint il ne reste plus qu’à mour-
-ir en chantant l’espoir de renaître toujours

Dans un rêve des flammes bleues posent encor
Des astres déchus dans les cendres de son corps

Dehors

Vois la bise mordre jusqu’aux os les chiens nus
Le froid sans goût frais est
Revenu

Il se fait tard même un lampadaire somnole
La rue son bruit encore
Au loin vole

Ici, la lumière lutte avec l’insomnie
Là, gagne le noir que
L’Homme nie

Les mains se tendent chaleureuses tentations
Si discrètes font-elles
Attention ?

La vitrine sépare la fête et l’ennui
Il s’en va bientôt rire avec
La minuit

L’effet papillon

Que sont ces jours crus où le ciel alourdi
D’un soleil encombrant accouche de mes nuits ?
Qu’elles sont blanches encor pour mon corps étourdi
Qui déambule sans moi désormais nu – hi !

Je me souviens toujours quand le temps chaud craquait
Pour tes yeux ébahis j’aurais noué les âges
Ces moments bénis je les ai longtemps traqués
J’ai plongé dans l’oubli, j’ai surpris les présages

Las d’explorer l’instant où nos bras se mêlaient
J’ai dérobé au ciel la fureur de l’orage
Pour foudroyer l’horreur de te perdre mais les
Baisers des éclairs ont délivré le message

Coupant sous ton pied l’herbe qui m’a paru verte
Je déchire l’envol et précipite au sol
La boîte autrefois scellée qui, à présent, git ouverte
Sous quelques battements d’ailes de papillons

Roi de cœur en exil

Il est de ces amours aux abords un peu niais qui lentement diffusent leur couronne d’attachement. Les rois et les reines peuvent dire adieux aux princes et aux princesses, dont le règne s’enracine désormais sous le chœur de quelques fleurs. Ils ont acquis le pouvoir de l’union et de la promesse des lendemains chantants. Ô majestés de l’épanoui, du séduit et du conquis ! Chers petits empereurs d’un monde qui n’appartient qu’à vous, sentez-vous battre sourdement la passion qui s’abat sur le froid du monde ? vous avez en vous l’instrument du paradis sur Terre et du septième ciel mis à bas. Régalez-vous de ces fruits défendus que caresse le bout de vos bras tendus ! Par tout ce qu’il y a de sacré, jouissez de la vie toute entière, rayonnez jusqu’au bout d’une nuits de chuchotements inédits ! Je vous laisse à votre bonheur, cajolez-le comme un enfant, il a tant besoin d’attention et de liberté… S’il pourrit et fane ou s’il s’assèche et s’effrite, que restera-t-il ? Si, en vous séparant, s’arrache la moitié de votre être, serez-vous à moitié vivant ? Combien de temps faut-il pour rebâtir seul un monde quand, à deux, on a construit Rome en un jour ? Par tous les diables affrontés, par tous les démons rencontrés et par tous les enfers traversés, je n’en ai pas l’idée ! Je veux juste retrouver ce chemin si doux qui, autrefois, avait fait fondre mon âme ; je la cherche depuis, liquide et désenchanté.

Les cheveux de la Terre…

Les cheveux de la terre se dressent en un rempart contre la fin du jour. Épis en bataille rangée au long de l’horizon, les arbres nus ne craignent pas d’exposer leur corps à l’hiver féroce. Voilà l’authenticité de leur décharnement qui se dandine nonchalamment au gré d’une bise froide. La nuit est prête à leur tomber dessus mais – eh ! – n’est-ce pas une belle façon de vivre que de boire le petit jour jusqu’au dernier rayon ?

Souterrain

On ne sait jamais vraiment d’où l’on vient, mais on sait que l’on en vient. Refoulée quelque part dans l’ombre, un petit passage empli de noirceur nous le rappelle. L’impression d’être un papillon multicolore coincé dans un tunnel peut être oppressante, libres comme nous sommes d’aller vers là où quatre lignes directrices daignent nous sommer d’aller. Haut les cœurs et allons-y gaiement ! Accrochons la lumière à notre portée, nos pas éclairés pourraient bien nous mener à une issue, si ce n’est un guide ou un compagnon. Un endroit où de petits êtres maculés nous accueilleront. C’est que l’on ne sait jamais vraiment non plus où l’on va, ni le poids du battement d’aile d’un papillon.

Star system

Inscrite en double objectif, elle nous tend la perche, l’ère du selfie. Autoportrait industrialisé, cet instantané d’ego brille au bout de nos doigts. Même les immortels du Louvre troquent leur lance contre un quart d’heure américain à portée de main. Illuminé par nos propres trombines, pense-t-on un seul instant à ce que nous laissons dans l’ombre ? Comme un coma artificiel, nous plongeons à l’extérieur de nous-mêmes pour devenir star dans un monde à l’abandon.

Vers le large

S’attardant encore aux portes de l’hiver, l’année nouvelle a encore la chaleur d’une belle après-midi estivale. Avec un peu de chance, les fêtes qui la précèdent ont ravivé nos yeux d’enfants et nous voilà à rêver en silence que l’horizon nous apporte de délicieux paysages. Amour, santé, poésie et beauté, voilà en somme l’essentiel : en cet instant, mes meilleurs vœux sont pour vous !

Le point d’équilibre

Les pieds dans l’eau, les bras en l’air, il s’agit de puiser à la source de quoi écouler des jours heureux. Quand on les égrène, ils s’éparpillent en ondes délicieuses sur le lit de vie qui nous est propre. C’est ce geste délicat qui risque de nous emporter dans un courant fou, toutes les fois où l’on n’y prend garde. Revenir à la base aide à garder la tête froide : les pieds trempés reposent bel et bien sur un sol ferme où nos racines s’étendent joyeusement à l’abri du temps.

Le deuil d’Héméra

Tout l’or du monde est à tes pieds, tu le foules à terre en traversant l’automne. Cependant que tu chantes les louanges des richesses folles qui, comme un alcool, te font oublier que l’hiver sera là plus tôt qu’on ne le pense, te rends-tu comptes à quel point le vendredi porte bien le noir ?

Bouton d’or

Dis-moi, bel enfant, toi qui as vu le jour dans la terre noire, comment la vie émerge là où rien ne se voit. Toi qui vois plus loin que le matin blême et qui sais lire dans l’aube l’éclat d’un sourire, glisse-moi encore en secret le parfum d’un jour nouveau. Je veux croire ta promesse et espérer l’épanouissement gracieux de pétales que caressent la brise. Je veux voir dans la rosée l’enfant nu de la pluie et apprendre comment fanent les roses. Dis-moi encore, bel enfant, la beauté d’un monde que le doute ne déchire et recueille-moi en ton sein, berce-moi de doux rêves bleus, la nuit froide m’effraie et tu me rassures tant.

Les hordes de l’asphalte

Elles sont là, peinant à sortir de la pénombre, la tranchant de leurs feux. Elles lorgnent l’Homme perdu dans l’attente. Ces bêtes-là attaquent en meute : elles s’agglutinent jusqu’à l’étouffement de la proie. La seule défense connue à ce jour est la patience.

Tapis fin

Ils dévaleront du ciel, les symboles de la fin, nous rappelant que toute chose finit sa course à terre dans une ivresse sans vie. Ils se rassembleront là, témoins muets de la vie qui va, qui reviendra, nous jetant au fond de la prunelle leur présence brune et immobile, creusant nos pensées pour leur donner la forme d’un instant qui s’en va. Eux aussi, un jour, s’en iront hors du jour, laissant la place à la vie nouvelle qui arrive bientôt en gazouillant.

Ambitions félines

Dorlotée par les croustillantes mémoires de l’enfance, l’épouvante se berce aux crochets du souvenir. Blottie dans la douce nostalgie d’un vieux meuble, la terreur s’achève, comme le jour finit, dans un ronronnement las. L’esprit s’égare dans le le rêve trouble du guerrier au repos. Ce qu’il y verra est gardé par des griffes acérées, que la fraîcheur d’une nuit d’été escortera jusqu’au lever du jour.

La destruction et l’évasion

Les murs que l’on rencontre sont parfois bien trop épais. Ils ont beau être anciens et fissurés, ils se dressent, avec la fierté des dolmens, en travers de notre chemin. Il est vrai qu’on peut toujours s’équiper de manière adéquate, flirter avec la destruction et abattre ces remparts. J’ai toujours préféré la manière douce : longer la muraille en la caressant du bout des doigts, sentir sa rugosité s’affirmer, espérer l’ouverture et l’atteindre enfin. Une fenêtre suffira pour s’évader et gagner d’autres cieux.

Extinction des feux

Certains jours où fane la rose, je fais bouillonner mon sang dans les prairies assommées de soleil. Cela fait monter la rage en pression, ses accès résistent mal aux hautes températures. Toutefois, il arrive que, par un drôle d’effet secondaire, je me retrouve tirant la cordelette qui se laisse pendre de l’astre d’or. Il n’en faut pas plus pour transmuter l’or en ébène. L’énorme boule d’ombre extirpe ma colère et, alors que je pousse pour l’y aider, parmi mes hurlements un cri différent retentit. Je redescends lentement là où m’accueillent les fleurs, pendant que le soleil, à la splendeur retrouvée, berce l’enfant nouvellement née. Quand il ira se coucher, il la lâchera sur le monde, qui sait ce qu’elle trouvera sous la lueur pâle des étoiles frémissantes ?

Le bain de Thot

Il a vu passer tant de choses depuis le règne des dieux jusqu’à la chute des hommes. Il feint d’en inscrire certaines sur ses tablettes, comme pour leur donner de l’importance. Ses yeux d’ébène ont déjà tout enregistré dans la nuit. Il flotte, l’air hagard, suivant machinalement le même itinéraire pour ne pas y prêter attention. Drapé de quelques nuages, il pense au jour qui va se lever : que reste-t-il à raconter ? Quel nouvel éclairage apportera la lumière du jour naissant ? Les ombres protestent : le soleil a bien assez d’attention, elles veulent leur part. Elles s’enroulent en une soie veloutée et viennent se lover autour de leurs plus beaux bijoux. Les étoiles, en un éclat, glacent l’instant dans une poudre scintillante. Tout ce spectacle lui est vain, rien des splendeurs de la nuit ne lui échappe, il les connaît sous leur moindre repli. À l’aise, il laisse choir les nuages pour se plonger dans le bleu nuit. Au loin, le hululement d’un hibou accompagne la délicatesse d’un corps lumineux plongé dans les méandres de l’obscur.

Le heurtoir

Le gardien des songes, posé sur le socle de l’envie, ronge son frein. Qu’une main aventureuse ose venir cogner contre le bois dur, il l’avalera s’il le peut. Il est tentation : que trouvera-t-on si l’on parvient à tromper sa vigilance ? Des secrets de minuit, des mystères envolés, le trésor inouï du dragon endormi. Il est repoussoir : qui approchera, à pas de loup, sa gueule renfrognée ? Caresser le danger, d’une main ferme et assurée, est l’affaire d’âmes expertes. J’ai aperçu, un jour qu’il entrebaillait de sommeil, l’enfant qui dansait derrière la porte. Explorant le monde, il dominait, entre quatre murs, le royaume des adultes. D’un clin d’oeil, il me confia qu’il avait l’allure du désir enfoui derrière mes yeux baveux. J’ai tourné de l’oeil et il s’est évaporé jusqu’au panorama du prochain regard.

Le bout du tunnel

Certains lieux où l’on perd son latin sont si sombres que les locutions nous assaillent. A priori gratte le haut du crâne pendant qu’a fortiori ramasse l’angoisse en boule dans la gorge. C’est in fine, tapi dans l’ombre, qui tisse patiemment son embuscade. L’ad hoc compatissant nous tirera par le bras. Un bout de ciel n’aura jamais paru si grand, ni les pieds dans l’herbe si agréables. L’esprit vide flotte dans ce sursis, attiré par le jour comme un insecte perdu dans la nuit.

Un vent de liberté

La brise lustre au chiffon doux l’envie de passer les vitesses. Mettre le contact avant que le jour s’éteigne. Blindé par l’armure de nos envies, contempler le serpent qui ondule sous la chaleur. Rien ne prépare mieux à sa grande chevauchée que le ronflement continu d’un moteur qui s’echauffe. À l’expiration d’un sourire, la première s’enclenche d’elle-même, comme aspiré par la route. Sans savoir jusqu’où on ira, déchaîner les vrombissements de la passion en titillant l’accélérateur. En laissant ses entraves au paysage qui défile, on peut devenir un boulet projeté vers la soif de vivre et dévorer dans l’air les étoiles naissantes. Il s’agit de croire que l’on peut vivre sans se retourner, comme si demain n’était pas encore né, jusqu’à ce que le besoin de voir le chemin parcouru soit plus fort que la faim.

Le paon

Quand tant de dames se pâment, soyez assurés que la douce mélodie qui provoque l’émoi n’est que le chant de la sirène. Ce cri du cœur plonge au loin dans un océan dont la traversée ne se fait qu’en solitaire. C’est un drôle d’oiseau qui l’a poussé : élégant, coiffé d’un sobre couvre-chef, il traîne dans son sillage le fardeau de son existence. Dès qu’il en a l’occasion, il le déploie et se pavane devant ses exploits. Force est de constater que le vaniteux a quelque raison de faire le fier. On se demande seulement s’il en a encore conscience tellement il est obsédé par ce qu’il a sous les yeux. Conquérant de la beauté, il laisse derrière lui ses trophées et s’apprête, déjà, à pousser un nouveau cri.

Parmi les piques

Des hordes désordonnées l’entourent, elles étaient là avant sa naissance, elles seront là après son départ. Là d’où elle vient, l’hospitalité n’est pas de mise et ils sont nombreux à se dresser, fiers et farouches. Même s’ils la piquent et ont pu la blesser parfois, elle aime à être dans leurs rangs, cela lui rappelle le temps où elle était fleur, canon de beauté de la part la plus hargneuse. Aujourd’hui encore, même si elle se laisse couler, sa dignité la drape d’une couleur qui fait pâlir d’envie tout son entourage.

Nourricière

Des formes généreuses emplies d’une chair tendre se tiennent droites et sereines dans la prairie. Mère universelle dont la vie transpire à chaque respiration, tu nourrirais la Terre entière si on te le demandait, pour peu qu’on prenne soin de toi. Que sais-tu de ton enclos de belle vie ? La créature cachée dans les épineux, qui t’épie à ton insu, pourrait t’en apprendre de belles ! Pourtant, rien ne semble pouvoir troubler ton repas paisible : tu broutes ton innocence avec une nonchalance qui fait sourire les papillons.

Vieilles pierres

Empilées avec soin pour grandir le mur, lourdes de solidarité, elles opposent la plus vive resistance au mouvement. Le temps s’en leste, dansant en de lentes arabesques, et fige tout élan. La vie végétale seule, gracile et insondable, séjourne encore dans des interstices où l’on ne passerait le petit doigt. La verte parade défile en rondeur, jamais la roche n’arrondit son arrête ni ne s’écarte sur ton passage.

Rosée soyeuse des bois

Toutes ces petites mains, réfugiées dans l’envers des décors, tissent la soie délicate loin des regards indiscrets. Qu’une main aventureuse l’expose aux nues et la rosée en tombe pour venir l’embrasser. Au fond, le bois s’en fout, abreuvé de ses veines éternelles, stoïque et chaleureux.

Plus sombre la route

Regarde au loin et vois qui surgit des méandres d’une route solitaire. Il a revêtu son armure de métal et se fait précéder de la lumière du soleil. Tend l’oreille et entend, sur son passage, le vacarme de tous les diables qui effraie les ennemis de sa progression. Sois agile, prépare-toi, sois prêt : qui sait ce qui arrivera lorsqu’il sera sur toi !

Entre loup et chien

De bon matin, il a surgi des fourrés, gardien éternel des campagnes. Il était tôt, il ne savait plus bien ce qu’il devait défendre avec hargne.

18 02 59

Gare. Lieu d’arrivée et de départ, où fourmille l’humain avec une excitation fébrile. La ponctualité y devient fatalité et le retard un échec. Pour l’usager comme pour la locomotive, ceux qui restent à quai n’ont guère d’autres choix que de stagner comme des vaisseaux naufragés ou d’errer comme des âmes en peine. Se découvre alors parfois une désolation toute urbaine, où seule l’invitation au voyage hante encore les lieux.

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