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Images en poésie

Les photos suivantes sont accompagnées de textes courts ou de poèmes inspirés par l’image.

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Le bain de Thot

Il a vu passer tant de choses depuis le règne des dieux jusqu’à la chute des hommes. Il feint d’en inscrire certaines sur ses tablettes, comme pour leur donner de l’importance. Ses yeux d’ébène ont déjà tout enregistré dans la nuit. Il flotte, l’air hagard, suivant machinalement le même itinéraire pour ne pas y prêter attention. Drapé de quelques nuages, il pense au jour qui va se lever : que reste-t-il à raconter ? Quel nouvel éclairage apportera la lumière du jour naissant ? Les ombres protestent : le soleil a bien assez d’attention, elles veulent leur part. Elles s’enroulent en une soie veloutée et viennent se lover autour de leurs plus beaux bijoux. Les étoiles, en un éclat, glacent l’instant dans une poudre scintillante. Tout ce spectacle lui est vain, rien des splendeurs de la nuit ne lui échappe, il les connaît sous leur moindre repli. À l’aise, il laisse choir les nuages pour se plonger dans le bleu nuit. Au loin, le hululement d’un hibou accompagne la délicatesse d’un corps lumineux plongé dans les méandres de l’obscur.

Le heurtoir

Le gardien des songes, posé sur le socle de l’envie, ronge son frein. Qu’une main aventureuse ose venir cogner contre le bois dur, il l’avalera s’il le peut. Il est tentation : que trouvera-t-on si l’on parvient à tromper sa vigilance ? Des secrets de minuit, des mystères envolés, le trésor inouï du dragon endormi. Il est repoussoir : qui approchera, à pas de loup, sa gueule renfrognée ? Caresser le danger, d’une main ferme et assurée, est l’affaire d’âmes expertes. J’ai aperçu, un jour qu’il entrebaillait de sommeil, l’enfant qui dansait derrière la porte. Explorant le monde, il dominait, entre quatre murs, le royaume des adultes. D’un clin d’oeil, il me confia qu’il avait l’allure du désir enfoui derrière mes yeux baveux. J’ai tourné de l’oeil et il s’est évaporé jusqu’au panorama du prochain regard.

Le bout du tunnel

Certains lieux où l’on perd son latin sont si sombres que les locutions nous assaillent. A priori gratte le haut du crâne pendant qu’a fortiori ramasse l’angoisse en boule dans la gorge. C’est in fine, tapi dans l’ombre, qui tisse patiemment son embuscade. L’ad hoc compatissant nous tirera par le bras. Un bout de ciel n’aura jamais paru si grand, ni les pieds dans l’herbe si agréables. L’esprit vide flotte dans ce sursis, attiré par le jour comme un insecte perdu dans la nuit.

En moi la montagne

J’ai longtemps foulé la vase pour explorer les fonds du lac. À l’appel des poissons, j’ai regagné la surface. Stagnant sur l’onde lisse, émerveillé par les monts alentours, j’ai fermé les yeux et ai commencé à rêver. Claquant de la langue, je me suis élancé vers les cieux pour montrer aux étoiles que je pouvais briller. Comme j’ai chû quand le soleil m’a fait les yeux doux ! Comme j’ai cru quand la mort me tendait son gouffre ! Il n’était pas question que je cède, je me suis terré dans les parois. J’ai caressé la roche, je me suis frotté à sa rugosité. J’ai pris plaisir à toucher du doigt le fond de chacune de ses aspérités. Noyé dans l’inaccessible, j’en ai oublié qui je fus. J’aurais pu choisir ce tombeau et y rester pour l’éternité. Une vieille rancune m’appelait, là-haut. Relevant le défi, j’ai remué du fossile et me suis élevé. Par Gaïa, j’ai poussé de tout mon poids contre la pierre ! Moi qui n’aspirais qu’à la pétrification, voilà que je voulais naître à nouveau. J’ai crevé les cieux, perdu les eaux et gobé les feux. J’ai essuyé des tempêtes, j’en verrai mille encore se déchaîner contre mon flanc. Je réparerai les dégâts, j’accueillerai encore les racines sans fin de tous les pollens de la création. En moi, les hauteurs résonnent en un bruit sourd dont l’écho restera prisonnier, jusqu’à ce que je le laisse fuir, par une de mes fissures, pour rejoindre les étoiles.

Un vent de liberté

La brise lustre au chiffon doux l’envie de passer les vitesses. Mettre le contact avant que le jour s’éteigne. Blindé par l’armure de nos envies, contempler le serpent qui ondule sous la chaleur. Rien ne prépare mieux à sa grande chevauchée que le ronflement continu d’un moteur qui s’echauffe. À l’expiration d’un sourire, la première s’enclenche d’elle-même, comme aspiré par la route. Sans savoir jusqu’où on ira, déchaîner les vrombissements de la passion en titillant l’accélérateur. En laissant ses entraves au paysage qui défile, on peut devenir un boulet projeté vers la soif de vivre et dévorer dans l’air les étoiles naissantes. Il s’agit de croire que l’on peut vivre sans se retourner, comme si demain n’était pas encore né, jusqu’à ce que le besoin de voir le chemin parcouru soit plus fort que la faim.

Œil pour œil

Le regard charbonneux, en flottant, s’est cogné à l’écran de lumière. L’œil, resté collé, fixe sa rancœur sur tout ce qui est dans son rayon, tandis que le borgne, tapi dans l’ombre, se souvient encore du règne de ses yeux revolvers. Qu’elle était belle, l’époque où il braquait ses projecteurs sur ce qui attirait l’œil ! Il tricotait alors des règles silencieuses, en déroulant des pelotes de braise, qui venaient envelopper l’ambiance d’un drap de soie aux contours de dentelles. La pupille aimait à se projeter gaiement dans ces doux replis, pendant qu’on sirotait, dans la pénombre, le doux extrait des fruits de la passion. Il y pense parfois, on le devine à l’écran qui pleure l’image d’un drame.

Dans ton sillage

Mes pas lourds d’amour ne sont jamais bien loin. S’ils s’enfoncent dans un bourbier inquiet, tu m’entendras sûrement marmonner, jurer et puis gronder. N’y prête pas attention, l’enfant qui est en moi n’a jamais grandi ni appris à demander pardon, de l’amour ou du respect. Seulement, si tes pas neufs plongent, avec incertitude, vers une route qu’aucune carte ne mentionne, si le doute te tourne autour en guettant ta faiblesse, si, en tremblant, tu redoutes que les regrets te poursuivent, jette un œil derrière toi. Pataud et les bras ballants, je reste ton point de départ et salue déjà la belle balade que tu composeras quand tu n’auras plus besoin de moi. Que deviendrai-je quand tu gagneras l’horizon ? Rien d’autre qu’une prière sans fin, pliant la volonté de milles dieux, pour qu’ils fassent des malheurs un festin et de ta route un destin. Il se peut, ce faisant, que je gagne le ciel pour leur en toucher deux mots. Ne sois pas pressée de me donner la main, tu sais, même s’ils ne laissent plus de traces, mes pas ne tombent jamais bien loin.

Chèvre

21076. C’est le nombre de fois où l’on m’a rendu chèvre. Comme un mauvais sort, jeté par la maligne sorcière noire qui butine mon for intérieur ; me voilà cornu, à tourner en rond dans mon enclos, à bêler tous les malheurs du monde. Il suffira, pourtant, d’une main bienveillante, de ma tête entre ces barreaux et d’une rencontre en caresses, pour taire tout mon râle et apaiser ma hargne. Cette main secourable, en glissant sur mon visage, déposera une fine pellicule d’amour pour lisser les poils hirsutes de ma bestialité.

Le départ

Je m’en vais, grelottant dans les neiges du temps. Pour me couvrir, j’emprunte un bout de ta rancune et, pour me tenir chaud, j’emporte la flamme de tes yeux. Ne m’attends pas sur le quai, je ne reviendrai pas. Si la route est toute tracée, elle ne s’arrête jamais. Pavée de souvenirs, j’y ai usé mes souliers pendant quelques années. Elle m’a mené jusqu’à toi, ma destination. J’y ai posé mes ailes de papillons et y ai établi mes rêves. J’ai mis de côté toutes mes insuffisances et, avec ce que j’ai récolté, j’ai commandé mon dernier billet. Léger comme le flocon emporté par la brise, je tombe et vole aujourd’hui vers le blanc avenir de mes cheveux, pendant que ma vie défile à vive allure sur les flancs de ma mémoire.

Eclats

Sous la lente infusion d’un jour qui s’achève, les enfants jouent dans le ciel à l’attrappe-nuage. De temps en temps, ils s’écorchent les genoux à un bout de branche venu chatouiller le soleil. C’est à peine si la maigre blessure vient teinter la lumière. Le jeu, qui n’en finit plus, n’en est pas affecté. Ils repartent tous rejoindre la farandole voletante des souvenirs immémoriaux, que leur danse vient graver durablement dans la rétine du passant.

Le brasier

Dans un coin du foyer, la cendre, grise et chaude comme des larmes, couve encore une chaleur dont la soie tisse discrètement rayons de lumière. L’ouvrière n’a certes pas besoin d’être reconnue pour travailler ; pourtant, dans le silence doucereux, ses rêves écarlates percent parfois jusqu’à la surface : ils cherchent de l’air, ces poissons de feu qui nagent dans l’instant de la nuit qui finit ! Il suffirait qu’on les dépoussière et que, d’une main experte, on étale au grand jour leurs mystères : ravivés dans le souffle des premiers gémissements du jour, ils seraient prêts à dévorer le loup en personne. La flamme ainsi déclarée aurait la puissance d’un dieu qui s’étire en baillant. Elle danserait dans l’ondulation de vagues joyeuses, oubliant qu’il y a peu, elle mourait d’envie, réduite à l’état de cailloux incandescents, sans que personne sache son existence.

Sur le quai

Retrouver la lumière après trois marches. Courir le long des voies. Chercher la sienne sur des écrans. En oublier l’instinct. Se plier à la mécanique du train-train quotidien. Croiser les regards comme autant de miroirs. Jouer le jeu. Montrer qu’on est là et que l’esprit est ailleurs. Avoir l’air occupé. Faire une scène. Espérer la ponctualité. En faire une affaire personnelle. Le soulagement quand le wagon s’immobilise. Être déjà parti après trois autres marches. Demain est un autre jour.

Sur le fil bleu de l’horizon

Le long des quais se baladent les âmes en peine, les rêveurs, les tourtereaux, quelques vieillards et encore des passants insouciants qui sifflotent. Les bateaux ronflent au port. Parfois, l’air marin gambade joyeusement de la tête au pied, semant iode et sel à la jetée. Il emporte avec lui les esprits mal arrimés, dans une valse endiablée, pour les lâcher quelque part en mer. Lorsque les vents sont favorables, ils reviennent à bon port, l’air hagard, encore pleins des profondeurs abyssales du grand large. Cependant, il arrive qu’ils ne reviennent pas. Au port, si des corps égarés embarquent, c’est pour partir à leur recherche, le torse bombé, la brise marine les chatouillant entre les tympans. Ils font cap sur le bleu océan, avec l’azur pour seule limite. Qu’importe si leur quête s’annonce sans fin, ils se vendent volontiers au ressac et adoptent en chantant les coutumes des sirènes, ignorant qu’à terre l’on pleure les fils perdus.

Vue sur les ténèbres

Il est de ces vieux murs dont l’armure fissure. Sous les craquelures qui lézardent au soleil, se susurrent déjà de longues plaintes obscures. Puis, le rempart présente obstinément une ouverture qui devrait laisser apercevoir quelque chose de son for intérieur, mais toute sa roublardise s’y concentre et y mord mollement la lumière jusqu’à sa complète digestion. Il ne reste alors qu’un trou noir, béant, qui, comme ses grands frères, aspire le regard, les idées, l’esprit et tout ce qui s’ensuit. C’est à l’intérieur de ce néant que le paradoxe prend ses aises pour vous retourner jusqu’aux tripes, vous laissant entrevoir, au cœur des ténèbres bleutées, un carré de lumière qui saura vous ramener aux origines, jusqu’à ce que halte se fasse quelque part entre le tout ou rien. C’est là le cimetière des idées claires où se meuvent en langueur les spectres de nos éclairs de lucidité.

Le paon

Quand tant de dames se pâment, soyez assurés que la douce mélodie qui provoque l’émoi n’est que le chant de la sirène. Ce cri du cœur plonge au loin dans un océan dont la traversée ne se fait qu’en solitaire. C’est un drôle d’oiseau qui l’a poussé : élégant, coiffé d’un sobre couvre-chef, il traîne dans son sillage le fardeau de son existence. Dès qu’il en a l’occasion, il le déploie et se pavane devant ses exploits. Force est de constater que le vaniteux a quelque raison de faire le fier. On se demande seulement s’il en a encore conscience tellement il est obsédé par ce qu’il a sous les yeux. Conquérant de la beauté, il laisse derrière lui ses trophées et s’apprête, déjà, à pousser un nouveau cri.

Le passage

Il est des heures sombres comme un dernier soupir, où l’Homme n’attarde que son reflet brisé. C’est dans le creux de ce temps sans visage que l’on surprend, parfois, une étincelle de vie, divine particule qui, jadis, s’était assoupie et avait, en ronflant, avalé l’aube entière. Aussi, ne retiens pas ma main quand j’irai la trouver, je veux la réveiller et l’agiter, jusqu’à lui faire cracher les promesses de nos vingt ans. Il se peut, pour ce faire, que j’emprunte des routes où le ciel se fait rare et où s’attardent, dans l’ombre, la somme de nos angoisses. Ne retiens pas ma main, dis-je, laisse-moi traverser, retiens plutôt ton souffle pour qu’il ne me balaie, retiens enfin tes larmes pour que je ne m’y noie. Tu me trouveras là où tu auras besoin que je sois, tu me reconnaîtras aux espoirs resplendissants que j’agiterai dans mes mains.

Parmi les piques

Des hordes désordonnées l’entourent, elles étaient là avant sa naissance, elles seront là après son départ. Là d’où elle vient, l’hospitalité n’est pas de mise et ils sont nombreux à se dresser, fiers et farouches. Même s’ils la piquent et ont pu la blesser parfois, elle aime à être dans leurs rangs, cela lui rappelle le temps où elle était fleur, canon de beauté de la part la plus hargneuse. Aujourd’hui encore, même si elle se laisse couler, sa dignité la drape d’une couleur qui fait pâlir d’envie tout son entourage.

La force de l’attachement II

Quand je t’ai rencontré, tu paraissais tellement frêle. Bien sûr, tes étreintes étaient constantes et vigoureuses, mais un souffle de vent t’aurait emporté si je ne t’avais retenu. Du genre collant, tu avais besoin d’une affection stable, tu voulais du sérieux. J’ai cru en toi, tu me rappelais mes racines. J’en ai oublié les oiseaux que j’aimais tant regarder. Parfois, je m’étire vers le ciel pour essayer de les atteindre. Quand vient le printemps, je rêve encore que l’un de ces beaux-parleurs viennent me conter fleurette. C’est ce qu’il me reste pour m’élever loin de ton oppression sentimentale. Là-haut, je respire mieux, jusqu’à ce que, un jour, tu m’atteignes tant que même le ciel me sera retiré.

Marche dans la lumière

Longtemps l’ombre t’a caressée amoureusement. Longtemps, tu l’as laissée peindre de brutes volutes d’onyx sur la toile de ton corps. Maintenant, une lumière se braque pour tracer un carré d’or. Elle t’appelle et rayonne en de doux rebonds sur les mille chemins de ta peau. Quelques pas t’y amèneront. Ne sois pas effrayée, elle disparaîtra demain. Va, un pied devant l’autre, prends tes affaires avec toi, qui sait jusqu’où tu iras quand le jour t’aura couronnée de la place qui est la tienne ?

Comme une évidence

Heureux comme un rêve de carpe qui s’étire aux quatre coins d’un lac de montagne, j’étendrai mon envie pour embrasser la montagne. La lumière s’inclinera devant moi, car je serai alors pareil à un dieu ancien, pliant le monde en quatre coins tirés à quatre épingles. Devrai-je déchoir de mon piédestal terrestre quand la nuit dressera son glaive pour abattre le froid de sa lame sur mon monde ? La montagne, en me rendant mon baiser, dodeline de la cime. Je m’abandonnerai aux ténèbres affamées pour renaître dans l’espoir d’une étoile.

Nourricière

Des formes généreuses emplies d’une chair tendre se tiennent droites et sereines dans la prairie. Mère universelle dont la vie transpire à chaque respiration, tu nourrirais la Terre entière si on te le demandait, pour peu qu’on prenne soin de toi. Que sais-tu de ton enclos de belle vie ? La créature cachée dans les épineux, qui t’épie à ton insu, pourrait t’en apprendre de belles ! Pourtant, rien ne semble pouvoir troubler ton repas paisible : tu broutes ton innocence avec une nonchalance qui fait sourire les papillons.

La force de l’attachement I

Quand, enfin, par un beau soleil printanier, je pousserai l’envie jusqu’à t’approcher, j’effleurerai lentement ton tronc et en ferai le tour. Je t’entourerai de tout mon être – sois forte ou tu risques d’étouffer ! – et mon desir sera tel que tu ne verras plus que lui. Mes plus belles couleurs empliront les feuilles dont je te couvrirai avec passion. Devinera-t-on encore qui tu étais quand, à l’unisson, nous chanterons ma chanson écrite pour ton harmonie ?

Le drapeau d’Artemis

Comme la déesse qui se baigne avec les nymphes, à l’abri des regards indiscrets, la nature ne se laisse guère voir vraiment. Elle se peut voir dans toute sa splendeur, si, avec moult patience, on la surprend dans un angle à partir duquel elle ne vous verra pas venir. L’enjeu a ses risques mais, dussé-je devenir cerf dévoré par mon ancienne meute de chiens, j’endosserai le drapeau divin. Drapé d’eau, de terre et de verdure, j’irai avec humilité, mais non sans une fierté certaine, porter les couleurs éternelles jusqu’à la grisaille et au-delà des murailles.

Vieilles pierres

Empilées avec soin pour grandir le mur, lourdes de solidarité, elles opposent la plus vive resistance au mouvement. Le temps s’en leste, dansant en de lentes arabesques, et fige tout élan. La vie végétale seule, gracile et insondable, séjourne encore dans des interstices où l’on ne passerait le petit doigt. La verte parade défile en rondeur, jamais la roche n’arrondit son arrête ni ne s’écarte sur ton passage.

Au-delà des nuages

Quelle purée de pois ! À traverser dans le tumulte céleste ces vastes vagues grises où se perd l’horizon, j’aurais cru faillir dix fois si de douces éoliennes ne m’avaient pris sous leur aile. M’emmenant droit où les nuages viennent mourir dans un fracas silencieux, elle me firent decouvrir de ces terres qui parfois flottent au-dessus de rien. Quel Eden pour celui dont les pieds furent coupés à la racine !

Foisonnement

Dans le bruissement des feuilles tombées qu’on foule à terre, dans le crissement des branches qui dansent dans le vent, dans le pépiement des oiseaux qui chantent allègrement, dans le lit des ruisseaux qui coulent en paix, dans les nuages gris qui somnolent, dans le ciel bleu qui veille, je me réfugierai encore et, à la faveur d’un reflet trouble, me souviendrai de ce que je vois au travers de tes yeux.

Charnelle

Je navigue candide dans les limbes de mon monde
Les yeux flottants dans l’espace, avides de lumière
Cependant mon corps déambule en errance à l’envie
Et croise en trajectoire cet organevégétal
Succulent et charnu, il s’ouvre en un soleil
dont les rayons au fer rouge accrochent ma chair
Je me confonds en objectifs pour soulager la brûlure
Qu’en restera-t-il quand la pluie, à longs traits, en brossera un tendre souvenir ?

Cette photo a fait l’objet d’une interprétation en peinture par Els Baekelandt que vous pouvez voir sur mon compte instagram.

Rosée soyeuse des bois

Toutes ces petites mains, réfugiées dans l’envers des décors, tissent la soie délicate loin des regards indiscrets. Qu’une main aventureuse l’expose aux nues et la rosée en tombe pour venir l’embrasser. Au fond, le bois s’en fout, abreuvé de ses veines éternelles, stoïque et chaleureux.

Zen

De la zizanie à la zenanie, il n’y a bien souvent qu’un pas à franchir. Une enjambée magique qui boude la fourmilière et nous met les pieds dans le plat pays de la paix et de l’harmonie. On y trouve une place et on y reste, sans besoin qu’on nous y remette. Car dans le fond, n’est-ce pas là que nous nous situons tous, une fois le vernis gratté, plongés dans des abysses spirituels, contemplant le monde jusqu’à en oublier qui nous sommes ?

Plus sombre la route

Regarde au loin et vois qui surgit des méandres d’une route solitaire. Il a revêtu son armure de métal et se fait précéder de la lumière du soleil. Tend l’oreille et entend, sur son passage, le vacarme de tous les diables qui effraie les ennemis de sa progression. Sois agile, prépare-toi, sois prêt : qui sait ce qui arrivera lorsqu’il sera sur toi !

Itinéraire d’une fleur

Mille passent par là, rien ne se passe. Mais il arrive parfois qu’explosent, dans la prunelle, quelques pétales violacés. Ce sont des fleurs d’artifice qui impriment, en étoiles, les arcanes secrètes de leur couleur profonde sur les murs d’une conscience rebondie. De sorte que les balais passent où la mémoire trépasse, sans atteindre jamais les parois verticales où triomphe le souvenir content d’une beauté inaperçue.

Cette photo a fait l’objet d’une interprétation en peinture par Els Baekelandt que vous pouvez voir sur mon compte instagram.

Entre loup et chien

De bon matin, il a surgi des fourrés, gardien éternel des campagnes. Il était tôt, il ne savait plus bien ce qu’il devait défendre avec hargne.

Sainte Victoire

Comprendre un peu Cezanne. Voir au détour d’un virage un bloc massif, majestueux, imposer à la vue ses reflets étranges. À la faveur de ses plis, observer l’ombre découper de gracieux contours dans sa silhouette. S’arrêter sur la route. Vouloir l’immortaliser. Ce devrait être facile. Découvrir, sur une toile bien numérique, que la roche est restée sans que l’objectif parvienne à retenir toute la magnificence. Vouloir recommencer. Trouver un autre endroit, un nouvel angle, un autre moment, un autre appareil. Essayer encore à en devenir fou.

Fractales de l’aube

Quand la lumière nouvelle et fraîche lance timidement ses premiers rayons, elle heurte souvent l’ombre dure de son baiser brûlant. Il s’en découpe des lignes qui s’entremêlant font se perdre l’esprit dans l’infini de leurs contours.

18 02 59

Gare. Lieu d’arrivée et de départ, où fourmille l’humain avec une excitation fébrile. La ponctualité y devient fatalité et le retard un échec. Pour l’usager comme pour la locomotive, ceux qui restent à quai n’ont guère d’autres choix que de stagner comme des vaisseaux naufragés ou d’errer comme des âmes en peine. Se découvre alors parfois une désolation toute urbaine, où seule l’invitation au voyage hante encore les lieux.

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