Comme en plein vol

Comme en plein vol est une série de VI textes qui ont fait l’objet d’une collaboration avec Els Baekelandt qui, à travers son compte @elbawatercolors, a produit 6 images à partir du premier texte de la série et d’une de mes photos. Cela m’a inspiré les 5 autres textes. Si vous désirez les découvrir avec les tableaux, ils sont visibles sur mon compte instagram.

– I –

La carcasse lourde et métallique, dont les fluides explosent à la moindre étincelle, anime sa mécanique et pétarade joyeusement. Puis, ouvrant grand ses ailes, elle s’élance sur la piste. Il se pourrait bien qu’elle s’écrase lamentablement en bout de course. Elle ne s’en remettrait probablement pas : roulée en boule, à terre, n’osant plus le moindre geste, elle serait inutile et abandonnée.
Pourtant, elle prend de la vitesse, ivre de sensations. Quitte-t-elle le sol ? elle ne sait plus que croire, tant elle plane déjà. Quand, pour un délicieux moment, elle se sent légère comme la plume qui, aux caresses de l’air, frémit sous l’aile de l’oiseau, un espace s’ouvre entre ciel et terre. Elle s’y engouffre et ose y croire enfin, alors que les aigles incrédules s’écartent à son passage.
Voyez comme son fier métal brille, si près du soleil, et entendez sa chanson lointaine ! Elle serait si triste si personne ne devait remarquer qu’elle est passée par là sans oser laisser sa marque dans l’éther.

– II –

Quand, las de l’azur, tu chuteras au travers des nuages, petit oiseau de fer, tu planeras au ras des pâquerettes. Méfie-toi du parfum des fleurs, il pourrait bien te clouer à terre. Prends exemple sur la rivière bondissante et laisse-toi couler. Tu reprendras naturellement le chemin des hauteurs. Tu ne voudras plus le quitter quand tu verras le cours d’eau qui, devenu minuscule, de cascade en cascade, n’en devient que plus beau. Toutefois, tu vois déjà que ses chutes seront aussi grandioses que vertigineuses.
Passe au travers, ne t’en fais pas : vole droit au firmament, comme si tu savais que ne t’attend pas le vide mais un trône resplendissant.

– III –

Rafales en bouquets sauvages vrombissent et vouent au tonnerre un culte  pieux.
Danse des courants d’air qui entortillent les nuages dans un pêle-mêle ombrageux.
Que réserve l’avenir à celui qui mènera cette valse ? Ce voltigeur essuiera la tempête d’un chiffon propre et sec. Avec méthode, il appliquera l’anticyclone.
En attendant, veille à ne pas te prendre l’aile dans un trou d’air.
L’averse est généreuse, elle te noiera si tu n’y prends pas garde.
A l’éclaircie, pantin d’Eole, un coup de vent t’attend pour t’expédier loin d’ici.

– IV –

Loin de tout, loin du temps, l’inscription déroule ses arabesques dans le sillage persistant d’un dragon. Elle s’étend, s’étire et s’étale, ses tentacules agitent l’espace d’une seconde à l’autre siècle. C’est pourtant la même mélodie qui vagabonde sur le fil des moires. Que ne  chante cette harpe gigantesque qui ne touche aucun tympan ? On dirait qu’elle se tient prête, avec une constante ondulation, à ensorceler l’univers jusqu’à ses confins infinis. L’approcher, être le premier à vibrer, le premier terme d’une harmonie éternelle où le monde sera couvé dans un mouchoir, roulé en boule et jeté dans un coin de l’éther.

– V –

Lorsque l’oiseau rencontre la balle du chasseur, l’instant se vide de  ses couleurs et fige le temps. J’y croyais, j’y étais. Il n’en est pas  possible autrement. Cette hallucination était celle d’un visionnaire, pas le délire d’un fou tourmenté. Où sont parties batifoler les aiguilles du temps ? Je ne sens plus leur douce morsure. Suspendu dans un courant d’air, je risque la collision pour vouloir atteindre la fusion. Quels étaient ces mots ? Je les tenais au bout de ma langue, cette idiote qui maintenant bave nonchalamment au secret des dieux. À l’entrée du panthéon, j’entre dans les murs en touriste. Les rayons y prennent une poussière glorieuse. Je ne resterai pas là. Le siège éjectable achèvera l’instant avec la brusquerie d’une guillotine.

– VI –

Si loin du brasier, les flammes n’ont pas l’air si cruelles. En une danse lancinante, elles emmènent le petit vaisseau à l’intérieur. Il ne tombe pas plus que les mots suspendus à tes lèvres. Je me suis dégonflé.
J’ai cru à un saut dans le vide quand il fallait foncer dans le mur. Pour casser les briques, j’aurais dû rester aux commandes jusqu’au bout. En mon absence, l’aléa a jeté des pétales, ils retombent joliment vers la fleur nue comme un ver à forte tête. Mon envol s’est endormi au son de paroles inconnues qui parviennent encore à faire chanter la brise, pendant que j’espère encore que le soleil me cueille avant que je touche terre.

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