Poésie

Retour aux sources

Allongé au soleil, le vent glissant dans l’herbe

Je chatouille l’espoir d’oublier mon tracas

Dévoré par les vagues, je n’en fais pas tant cas

Je sombre en un somme que le songe exacerbe

Parti par le fond pour une épopée pire

Je force la fanfare à fermer la folie

Et feins de me fier à la force qui lie

J’explore les pores de la pensée empire

Aux abonnés absents un cri bleu retentit

Déchirée au côté la robe ralentit

La roue qui tournait naguère aujourd’hui s’endort

Les enfants surgiront, poussez le tourniquet

Relancez le voyage sans arrêt ni quai

Ramenez-nous enfin où pousse le vent d’or

En sortant un matin des brumes indolore

En sortant un matin des brumes indolores
Je découvre ravis les replis des monts
Le soleil funambule émerveille et colore
Le paysage en proie aux labiles démons

Je suis des yeux l’ivresse gaie d’un papillon
Butinant le nectar des splendeurs de la Terre
Nourri par les tombeaux d’humus que nous pillons
Quand soudain je le perds en pensées délétères

Qui me suivra alors sur le rebord du monde ?
Avec le bruissement joyeux du vent comme onde
Demander au néant que moteur nous anime

S’enroulant dans l’éther le voyage est sans fin
En chevauchant le temps on en revient sans faim
À l’intérieur la chaleur d’un feu magnanime

Je m’en suis allé cueillir des larmes de lune

Je m’en suis allé cueillir des larmes de lune
Cependant les étoiles au hasard chantaient
Frou-frou du sable bleu ondulant dans les dunes
Seul décor où ma longue nuit se penche hantée

C’est que la mer loin de tout s’était retirée
libérant cachés sous la houle les abysses
C’est que l’esprit tend parfois à trop s’étirer
Vers les envies de l’envers repetita bis

Et les graines que j’ai tristement récoltées
se sont tout à coup trémoussées – décolle tes
fesses et viens un peu remuer près de nous

Pour les durs soirs d’hiver, je les ai apportées
Pour que le jour puisse de nouveau nous porter
Tissons bien les liens que la corde raide noue

J’ouvre les volets…

J’ouvre les volets et, plein d’espoir, j’hume à pleins poumons pour capter le rêve du matin frais. L’odeur acre de notre pourriture m’envahit et provoque une toux exutoire. L’air hébété et le cœur en miettes, je pars balader et me faire bercer par la forêt. Chemin faisant, mon bercement est ponctué d’ordures qui s’entrechoquent. Je lève les yeux au ciel – qu’il ramène de sa pureté à terre ! – des pluies acides me répondent. En voulant me jeter à l’eau, je heurte un continent de plastique.

Alors, bon : que fait-on encore là ?

Fermant les yeux comme on se cache pour pleurer, j’ai trouvé un drôle d’oiseau qui chantait. Alors que je lui demandais ce qu’il faisait là, il ne cessait de chanter. « Stupide ! » lui ai-je asséné, « ne vois-tu pas que le monde meurt ? Les animaux disparaissent par centaines, pendant que tu sifflotes ! » Seulement voilà, son chant ne s’arrêtait pas et, pendant que je hurlais, je me rendais compte que, là-dedans, il ne faisait jamais nuit. J’ai eu si peur, tout à coup, que l’oiseau m’écoute et que, en se taisant, il emporte avec lui cette tendre clarté. Pourtant, il ne s’arrêtait toujours pas.

Depuis, j’ouvre les yeux en grand comme on laisse sortir une mélodie sauvage, par laquelle rayonnent les forces anciennes d’un être en harmonie. Lorsque je tends l’oreille, je crois entendre la rumeur enjouée des poètes de la Terre qui ont cette belle folie de penser à réenchanter le monde tout en ramassant les restes de nos envies de destruction.

Parfois, je ferme encore les yeux. Non plus pour fuir la laideur d’un monde dénaturé, mais pour retrouver la force du concert de ceux qui ont la volonté de laisser resplendir la nature à nouveau. Peut-être ne suis-je qu’un illusionniste qui joue des tours pendant la fin du monde, mais J’ai en moi la colère de l’ouragan, la force de la foudre, la puissance du tonnerre et le chant d’un oiseau ; car mon cœur appartient à la terre et j’entends bien le lui rendre.

Sur le retour

Te souvient-il quand nous allions la nuit cueillir des pierres de lune alors que les étoiles jouaient entre deux nuages ? Nous voulions nous amuser avec les autres tout en veillant en semer de petits cailloux pour revenir… Revenir, tout laisser tomber et retourner sur nos pas, réveiller l’enfant qui a avalé ses rêves à force de dormir, s’ébahir devant une particule ou un paysage sans fin, remplir à nouveau le monde d’aventures et chanter à la gloire de notre avenir. Je ne veux pas écouter la petite voix triste qui me dit que, pendant que l’on marchait, la maison a pris feu. Il n’en reste peut-être rien d’autre qu’une matière grise en poudre qui tourbillonne au gré du vent. Ça n’y fait rien, je veux y retourner encore ! Viens avec moi ! Je veux voir s’il peut encore s’y trouver un reste d’émerveillement ou un vestige de rêve grandiose, en somme quelque chose d’assez solide pour fonder la maison nouvelle, dont les murs blancs ne supportent aucun toit, où l’on dort à la belle étoile et où l’on vit d’amour et d’eau fraîche.

Promenade

J’ai ramassé des galets sur la plage tissée
Ils ont ri dans ma main et ont volé très loin
À l’heure où le soleil n’est qu’une pomme dorée
Dans l’éclat pousse l’eau qui éclabousse
Je n’ai pas compris pourquoi, pendant que je dormais,
Quelqu’un a avalé tout rond l’horizon
J’ouvre un œil brillant qui trouve un écho
Dans la mer qui brille en étincelles d’argent
Je me noie dans une mer sans fin, je ne touche plus terre
Même les sirènes sont à la dérive
Si reines et rois décident n’importe quoi
Leur chant s’étend et se tend à travers l’onde
Il vient teinter les îles d’un remou mélodieux
Demain je nagerai encore jusqu’au radeau de fortune
Où n’est fort qu’un soupçon de survivants
Il est là, j’en suis sûr : vivant, vibrant, l’espoir

Rappel aux âmes

Des marches en rafales pour escalader la tempête,
Trouver au sommet le haut vent qui porte la voix
Le soleil brûle les arbres comme des allumettes
La mer monte pour éteindre l’ardeur planétaire
Qui voudra entendre les alarmes aériennes ?
Qui verra dans les aurores le signal d’un nouveau combat ?
Des soldats fatigués, sans doute, mais encore là
qui se paient en amour et charge les canons avec des bombes à fleurs
Âmes de bonne volonté, engagez-vous !

Après l’averse

Nous dansons sous la pluie
Des billets qui s’abattent sur nous
Des flaques le niveau monte
Les démarcheurs vendent des bateaux
Des arches pour nous garder tous
De sombrer dans l’oubli par noyade

Chantons ensemble cela fait longtemps
Que nous pataugeons à un rythme endiablé
Que nous attendons le beau temps
Où gazouillent les oiseaux dans le silence
De l’Homme qui apprend à mourir
Mieux faire, effarées, les fées sont là et nous attendent

L’invocation de nos grands dieux, de nos anciens
De nos aïeux se retournant comme nos vestes
Convoquer l’assemblée des voix inouïes
Les suspendre aux tympans tambourinant
Aux portes de nos infinis, les perdre
Aux quatre coins du monde, les retrouver

Que restera-t-il de notre concert
Quand les derniers poètes avaleront de travers ?
Faudra-t-il faire taire leur amour qui toussote ?
Leur gorge les travaille, une irritation constante
C’est demain qui demande à sortir par l’annonce
D’une bonne nouvelle qui s’installe dans le petit matin

P.Y.Xyn

Je sais que tu viendras

J’ai caressé dès l’aube les pissenlits qui poussent
Vers les premiers rayons leurs pétales courroucés
J’étais parti la veille en quête du caducée
Dans la nuit claire luisaient les écailles lisses
Quand la morsure s’est étendue en un sifflement sourd
Ce ne fut qu’un saltimbanque qui sombra sans le sou
Que le froid et l’humide tirent sur la corde
De ténèbres sans fin où se noie mon chagrin !
Toi qui comme moi cherche le secret de la guérison
Plante ton pied d’un pas assuré vers ce qui t’appelle au fond et dont l’écho se balance d’arbre en arbre
Au petit matin, un air halluciné de moi s’est emparé
Il avait le parfum du succès et la couleur de tes yeux
Et, si j’avais pu les entendre, dans mon grand somme auraient percé tes mots

Le sac et le ressac

Le vent sur les genévriers vient percer les sacs
Qui prendront leur envol à la prochaine rafale
Vers un trou d’air où viennent s’engouffrer
les déjections humaines de réflexions inachevées

Qu’il plane ou qu’il nage c’est plein de poésie
Que le plastique se grime en créature absurde
Qui mollement sculpte le droit du vivant
En se glissant dans les rouages d’une chasse millénaire

Les angelots n’auront qu’à recycler leurs ailes
En venant piocher dans la grande marée
A force d’y croire s’est forgé un continent détestable
Où la laideur d’une poubelle tient seule compagnie à l’immobile ennui

Parfois une bulle vient gonfler le rêve
De l’explorateur qui s’empare du nouveau territoire
Après l’avoir digéré d’un juste retour
En une forme nouvelle l’invitera à la ville

Laissons à nouveau la mer à son destin solitaire
Si seulement nous savions que c’est en touchant terre
Qu’elle nous revient conter fleurette
Le parfum des embruns est ce soir empli d’une lueur où la nuit vient choir

Osons

Semons encore d’autres horizons
Qui ne sonneront de funèbres oraisons
Là où la Terre aime plus que raison
Plantons les songes verts dans notre maison

Dans les rêves d’or que nous brisons
Ramassons les morceaux tendres et bons
La feuille d’un platane le mufle d’un bison
le panorama d’une montagne le zeste d’un citron

Sur le feu doux d’une pensée reposons
La fonte lourde de la base notre chaudron
Mijotés à feux doux les sens que nous baisons
Nous rendrons l’or pour notre blason

De toutes les couleurs

J’ai revêtu hier la peau du caméléon
Boire aux couleurs le sel de la sève sacrée
Gober aussi ces lumières que nous créons
J’ai invité en moi un monde massacré

Je le sens bondir maintenant dans les parois
Où jadis était venue s’abîmer ma foi
Il saccage en chantant que je ne suis pas roi
Et réveille les rêves que je fais parfois

Il en est un qui, aussitôt apparu, gît
Comme un singe il crie, comme un lion il rugit
Il en appelle à l’aide des dieux anciens

Ses incantations sont devenues litanies
De mon propre corps elles me renvoient banni
Fréquenter les étoiles et les pyromanciens

Sur le toit du monde

À perte de vue, les murs s’élancent vers le ciel. Laissant la gravité à terre, d’un air léger, ils se préparent à la venue des étoiles. Pour cette rencontre au sommet, il convenait de revêtir leur habit de lumière. Dans le ventre de la ville, le voisin solitaire visite ses rêves comme on interrompt parfois la solitude de personnes âgées. Soudain, voilà la nuit qui luit, souriant dans l’éther ! Quelle grâce, dans l’ondulation aérienne de sa robe rehaussée de la clarté astrale ! Gracile et maladroite, la mégalopole perd ses moyens, balbutie et parfois rougit. Il lui faudra la tendresse d’une nuit sans lune pour reprendre confiance et, dans le fond de notre rétine, vibrant dans notre corps entier, prendre son envol pour retrouver nos songes oubliés.

Dans la fraîcheur d’un matin d’été

Dans la fraîcheur nouvelle d’un matin d’été

Tourne et retourne belle cuillère d’argent !

Dans un café amer, nos souvenirs étaient

Sucrés comme la rose et doux comme un enfant


La lumière à grands traits brosse un vivant portrait

D’une chimère indécise et de grand rêve blanc

Où promènent encor mes pensées hébétées

Ton retour si envié volant au gré du vent


La route que nous avions empruntée jadis

Paraît bien longue et hantée par des quo vadis

Chaque pas s’y inscrira comme autant d’adieux


J’ai tout laissé en ordre enfin pas tout à fait

Tu trouveras quelque part dans le marc de café

Tout ce qu’il reste de mes larmes aux yeux

Tu es venu à point

Elle a fermé les yeux, tu sais. Avant d’aller, dans l’aube des temps, plonger dans un puits de lumière. Il y pullulait une vie semblable à la mer ondulant jusqu’à l’horizon des nuées ancestrales. Elle t’a arraché dans le fond de ce vivier et t’a emporté dans le creux de ses entrailles. Tu n’étais qu’étincelle, à peine plus qu’un désir ancré jusque dans la chair pour animer une raison de vivre. Elle t’a emmené jusqu’au monde et – bon sang ! – que le voyage fut long. T’en rendis-tu compte, toi qui câlinais patiemment l’envie de n’être rien d’autre que son champ de vision tout entier ? Elle a essuyé tant de tempêtes que son corps n’était qu’un rempart. Mais je me perds en contes et racontars, m’en excuseras-tu, alors même que tu te trouves là, brillant de mille feux dans le creux de ses yeux ? C’est que, depuis que tu as accepté de te montrer, rien n’a osé venir dénaturer le lien qui vous lie, pas même la grande ombre noire que l’on trouve parfois glissant près des lits d’hôpitaux. Pépite d’or gisant au fond de la mine, tu es devenu bijou autour de son cou. Tu la rassures, tu la défends, tu la rends belle, tu éloignes le mal. Du moins, c’est toute la force qu’elle trouve en toi et toute celle dont elle entend te faire don.

La ressource

Là où résonne la plénitude de l’être, jusqu’au bout des doigts, s’étale parfois une blessure béante. En l’approchant, il se peut entendre un chant mélancolique qui nous invite à la curiosité. Ce manque de chair paraît être un puits sans fond. Pourtant, au moment où l’on cède à la chute, un vertige nous saisit pour laisser jaillir un geiser chaud et puissant. Il disperse jusque dans les cieux des images bienveillantes et des mots doux, dessinant la route de nos artères. Ce chemin, emprunté au rythme des pulsations de nos passions, peut nous mener loin. Le ronronnement du geiser en témoigne : avec un tel moteur sous le capot, la voie peut être longue, parsemée d’obstacles et de coups de foudre, sans que cela nous arrête. À l’intérieur se déroule, à contre-courant, la mesure de ce que nous avons parcouru, sous le regard bienveillant et secret de nos aînés.

L’aube (encore)

Des épines plein le corps, quand la cendre, au-dehors, voile l’horizon d’une fleur de sel. Au-dedans, le charbon distille l’opaque, il ne s’y voit plus rien qu’une douleur dont la couleur se crie au travers des yeux. Dans le chaos de ce néant se laisse éclore une étincelle de nacre. Elle se balance dans son berceau d’obsidienne. Peu à peu, ses reflets lancent des traits, pour sonder l’inconnu qui a dévoré tout le décor. Ils l’habillent d’un jour nouveau et, bientôt, il respire comme pour la première fois. Quand il sera prêt, son cri primordial sortira, dispersant l’infini. Aux quatre coins de l’horizon rebondiront encore les échos de l’aurore, annonçant en chanson qu’il est temps de revenir au monde.

Le point de non-retour

Si je ne revenais pas

Prends bien soin des roses éternelles

Qui ont fleuri en nos jardins

Garde de nous un souvenir heureux

Que tu dépoussièreras de temps en temps

Si, par malheur, tu les croises sur un coin de ta joue

Essuie les larmes que nous ne fûmes pas

Prends dans le creux de tes bras

Nos projets, nos enfants,

Porte-les tant que tu pourras

Puis pose les délicatement

Ne t’oublie pas dans de vieilles cendres

Donne une chance au phénix

Et si tu sors pas un hiver froid

Couvre-toi bien des morsures gelées

Et tire la porte derrière toi

Comme en plein vol

Comme en plein vol est une série de VI textes qui ont fait l’objet d’une collaboration avec Els Baekelandt qui, à travers son compte @elbawatercolors, a produit 6 images à partir du premier texte de la série et d’une de mes photos. Cela m’a inspiré les 5 autres textes. Si vous désirez les découvrir avec les tableaux, ils sont visibles sur mon compte instagram.

– I –

La carcasse lourde et métallique, dont les fluides explosent à la moindre étincelle, anime sa mécanique et pétarade joyeusement. Puis, ouvrant grand ses ailes, elle s’élance sur la piste. Il se pourrait bien qu’elle s’écrase lamentablement en bout de course. Elle ne s’en remettrait probablement pas : roulée en boule, à terre, n’osant plus le moindre geste, elle serait inutile et abandonnée.
Pourtant, elle prend de la vitesse, ivre de sensations. Quitte-t-elle le sol ? elle ne sait plus que croire, tant elle plane déjà. Quand, pour un délicieux moment, elle se sent légère comme la plume qui, aux caresses de l’air, frémit sous l’aile de l’oiseau, un espace s’ouvre entre ciel et terre. Elle s’y engouffre et ose y croire enfin, alors que les aigles incrédules s’écartent à son passage.
Voyez comme son fier métal brille, si près du soleil, et entendez sa chanson lointaine ! Elle serait si triste si personne ne devait remarquer qu’elle est passée par là sans oser laisser sa marque dans l’éther.

– II –

Quand, las de l’azur, tu chuteras au travers des nuages, petit oiseau de fer, tu planeras au ras des pâquerettes. Méfie-toi du parfum des fleurs, il pourrait bien te clouer à terre. Prends exemple sur la rivière bondissante et laisse-toi couler. Tu reprendras naturellement le chemin des hauteurs. Tu ne voudras plus le quitter quand tu verras le cours d’eau qui, devenu minuscule, de cascade en cascade, n’en devient que plus beau. Toutefois, tu vois déjà que ses chutes seront aussi grandioses que vertigineuses.
Passe au travers, ne t’en fais pas : vole droit au firmament, comme si tu savais que ne t’attend pas le vide mais un trône resplendissant.

– III –

Rafales en bouquets sauvages vrombissent et vouent au tonnerre un culte  pieux.
Danse des courants d’air qui entortillent les nuages dans un pêle-mêle ombrageux.
Que réserve l’avenir à celui qui mènera cette valse ? Ce voltigeur essuiera la tempête d’un chiffon propre et sec. Avec méthode, il appliquera l’anticyclone.
En attendant, veille à ne pas te prendre l’aile dans un trou d’air.
L’averse est généreuse, elle te noiera si tu n’y prends pas garde.
A l’éclaircie, pantin d’Eole, un coup de vent t’attend pour t’expédier loin d’ici.

– IV –

Loin de tout, loin du temps, l’inscription déroule ses arabesques dans le sillage persistant d’un dragon. Elle s’étend, s’étire et s’étale, ses tentacules agitent l’espace d’une seconde à l’autre siècle. C’est pourtant la même mélodie qui vagabonde sur le fil des moires. Que ne  chante cette harpe gigantesque qui ne touche aucun tympan ? On dirait qu’elle se tient prête, avec une constante ondulation, à ensorceler l’univers jusqu’à ses confins infinis. L’approcher, être le premier à vibrer, le premier terme d’une harmonie éternelle où le monde sera couvé dans un mouchoir, roulé en boule et jeté dans un coin de l’éther.

– V –

Lorsque l’oiseau rencontre la balle du chasseur, l’instant se vide de  ses couleurs et fige le temps. J’y croyais, j’y étais. Il n’en est pas  possible autrement. Cette hallucination était celle d’un visionnaire, pas le délire d’un fou tourmenté. Où sont parties batifoler les aiguilles du temps ? Je ne sens plus leur douce morsure. Suspendu dans un courant d’air, je risque la collision pour vouloir atteindre la fusion. Quels étaient ces mots ? Je les tenais au bout de ma langue, cette idiote qui maintenant bave nonchalamment au secret des dieux. À l’entrée du panthéon, j’entre dans les murs en touriste. Les rayons y prennent une poussière glorieuse. Je ne resterai pas là. Le siège éjectable achèvera l’instant avec la brusquerie d’une guillotine.

– VI –

Si loin du brasier, les flammes n’ont pas l’air si cruelles. En une danse lancinante, elles emmènent le petit vaisseau à l’intérieur. Il ne tombe pas plus que les mots suspendus à tes lèvres. Je me suis dégonflé.
J’ai cru à un saut dans le vide quand il fallait foncer dans le mur. Pour casser les briques, j’aurais dû rester aux commandes jusqu’au bout. En mon absence, l’aléa a jeté des pétales, ils retombent joliment vers la fleur nue comme un ver à forte tête. Mon envol s’est endormi au son de paroles inconnues qui parviennent encore à faire chanter la brise, pendant que j’espère encore que le soleil me cueille avant que je touche terre.

En cette nuit

Si dans tes yeux de feu la nuit est chaude et bleue

Qu’une étoile y surbrille de son éclat tranquille

Que l’orage n’y menace, que le nuage n’y pleut

Si tous les vents n’y soufflent qu’en caresses subtiles


Si tes jambes campées sur une terre bien ferme

Te supportent sans craindre l’air que tu inspires

Si nulle peur, nulle peine et nulle douleur

Alors embrasse-moi dans un de tes sourires


Mais si une larme t’échappe et viens couler sur mon épaule, je la boirai

Si d’aventure la nuit devient froide et noire, j’y mettrai le feu

Si tu crains qu’une étoile te fuie, je l’accrocherai dans tes cheveux

Si l’orage éclate, paratonnerre-moi

Effraie-moi si tu as peur

Blesse-moi si tu pleures

Heurte-moi si tu souffres

Je veux te partager

T’arracher de toi et te donner de moi

Embrasse-moi dans un de tes sourires

En cette nuit tout est à nous




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